Avis : En Amazonie: infiltré dans le “meilleur des mondes”.

Je ne suis pas un grand lecteur, c’est pour cela que je ne parle jamais de livres sur mon blog. Cependant, je suis tombé (fêtes obligent…) sur un ouvrage de Jean-Baptiste Malet, nommé En Amazonie: infiltré dans le “meilleur des mondes” qui raconte l’infiltration de l’auteur, journaliste, l’année dernière dans un entrepôt d’Amazon durant la période de Noël. Engagé en intérim  avec comme but, rédaction de ce livre, J-B Malet a donc réussi à intégrer le monde très fermé des entrepôts logistiques de la marque, interdits à tous, même aux journalistes qui font une demande de reportage auprès du service presse. Le livre fait 168 pages et est vendu ~15€.

Dès le début du livre, on apprend que durant la période de Noël, Amazon recrute en intérim en masse, afin de subvenir à leurs besoins. Pour cela, il y a des postes de nuit et d’autres de jour. Il faut donc nécessairement passer par une agence pour être embauché et dès ce moment là, on apprend que même les agences de recrutement mettent en garde contre le travail difficile chez Amazon. L’auteur raconte ainsi que la demoiselle, s’occupant des recrutements a sans cesse répété : “Travailler chez Amazon sera compliqué, il faut être motivé, si ce n’est pas le cas, vous pouvez partir”. Après des tests et autres joyeusetés du recrutement, JB Molet arrive à se faire embaucher. Il raconte alors au fil des jours, ce qu’il vit.

En rentrant chez lui (alors qu’il travaille de nuit), il prend ainsi le temps d’écrire ce qui s’est passé toute la journée sur son carnet de bord. Comme le souvenir est récent, il y a alors des petits détails qui sont rapportés dans le livre, ce qui le rend un peu plus intéressant. Son objectif, au delà de rapporter les conditions de travail désastreuses et la pression faite sur tous, est de traiter le sujet avec un aspect sociologique que j’ai beaucoup apprécié. Il va donc essayer de parler (tout en cachant sa véritable identité de journaliste) avec ses collègues d’Amazon, ce qui permet alors d’avoir des micros témoignages.

Pour ce qui est de Mallet, il est engagé comme “Pickeur” et doit aller chercher dans les grandes allés du hangar (en parcourant plus de 20km par jour, à pied) les produits commandés, afin de les transmettre à un collègue, qui lui, les emballera. Je ne veux clairement pas tout vous raconter, car le livre est très intéressant et je ne souhaite pas vous spoiler, mais le journaliste arrive lors de toutes petites pauses, à poser quelques questions à ses collègues et récolte petit à petit des témoignages critiquant l’entreprise. Malheureusement ce n’est pas facile, car on apprend aussi que dans tous les employés, se trouvent des taupes, s’empressant de tout répéter aux supérieurs. En prenant en compte cela, il est donc difficile de parler, d’autant plus que lorsqu’on est nouveau dans une entreprise, il faut réussir à gagner la confiance de tous.

Le plus fou, c’est la devise d’Amazon, répétée en boucle. Avec tout l’écosystème qui se trouve autour, on voit alors que chaque employé, en dehors même du travail, n’a plus aucune vie sociale. L’entreprise tente même de faire des cadeaux, en organisant quelques événements afin de dire “Vous voyez, vous êtes bien chez Amazon”, alors que finalement, c’est tout l’inverse… Amazon occupe donc en permanence l’esprit de ceux qui y travaillent.

Un employé qualifie même Amazon de “dictature”. Si cela peut paraître caricaturé, de ce qui est rapporté, ce n’est visiblement pas le cas. Pour vous donner un exemple, il peut même y avoir des fouilles en sortant. Chaque personne passe dans un détecteur d’objets/métaux, comme dans les aéroports. Il y a alors une pression permanente et une simple pièce de monnaie fait bipper le portail. Sans parler du fait que tout est minuté. De plus, impossible de développer de manière importante un syndicat, puisque Amazon met des bâtons dans les roues à chaque personne s’y joignant. La dernière partie du livre, est spécialement consacrée à ces syndicalistes justement, elle est d’ailleurs très intéressante car on y découvre la difficulté qu’ils ont à se confier au journaliste, lorsqu’ils apprennent sa véritable identité.

Finalement, avant de commander chez Amazon, après avoir lu ce livre, on y pense. On pense aussi aux librairies indépendantes, évoquées dans l’ouvrage et qui sont amenées à disparaître à cause de la politique de la marque (et des autres, qui suivent le même chemin). Malheureusement, je vais aussi là où c’est le moins cher et Amazon propose des prix défiants toute concurrence. Difficile donc de résister. Ainsi, je n’appelle clairement pas au boycott, mais peut être juste à la prise de conscience. Je vous invite aussi à lire  le livre, très intéressant.

Le comble ? Le livre est proposé sur Amazon en version papier et numérique pour les Kindle. J’imagine alors un employé, mettre ce livre dans un colis par exemple…

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